L’art, me semble-t-il, devrait simplifier. C’est, en effet, à peu près la totalité du processus artistique supérieur ; trouver les conventions de forme et les détails dont on peut se passer tout en préservant l’esprit de l’ensemble, de sorte que tout ce que l’on a supprimé et coupé est là pour la conscience du lecteur autant que s’il était en caractères sur la page. Millet avait fait des centaines de croquis de paysans semant des céréales, certains d’entre eux très compliqués et intéressants, mais quand il en est venu à peindre l’esprit de chacun d’eux en un seul tableau, « Le Semeur », la composition est si simple qu’elle semble inévitable. Tous les croquis mis au rebut qui les ont précédés ont fait du tableau ce qu’il est finalement devenu, et le processus a toujours été un processus de simplification, de sacrifice de nombreuses conceptions bonnes en elles-mêmes pour une qui était meilleure et plus universelle. Tout roman ou toute histoire de premier ordre doit avoir en lui la force d’une douzaine d’histoires assez bonnes qui lui ont été sacrifiées. Un bon ouvrier ne peut pas être un ouvrier bon marché ; Il ne peut pas être avare de gaspiller du matériel, et il ne peut pas faire de compromis.






