Bonjour à tous,
Après une année quasi sabbatique, je reprends « enfin ! » l’écriture et le travail sur Projetcampus.fr. Un nouveau design et une nouvelle dynamique : des formations en écriture, des podcasts et une chaîne YouTube. Et bien sûr, je reprends aussi les chroniques littéraires des romans de jeunes auteurs, avec une préférence pleinement assumée pour les tout premiers romans. Dany Laferrière n’a-t-il pas dit que l’On rêve d’une bibliothèque qui ne contiendra que des premiers romans tout en sachant qu’il est impossible de mesurer l’énergie que peut contenir un premier livre.
DYSTOP[IA] est justement le tout premier roman d’Anthony Boisnard, publié sous son nom de plus de Tony Renard, une œuvre de science-fiction prometteuse sur fond de critique sociale audacieuse qui résonne avec nos inquiétudes contemporaines face à l’avènement des Intelligences Artificielles (IA). Dès la page de titre, l’auteur donne le ton : « Aucune Intelligence Artificielle n’a été utilisée pour la réalisation de ce roman », un manifeste clair contre la déshumanisation qu’il explore.
L’univers du roman est l’Auto-Ville 12, une cité autonome située en Bretagne, prétendument l’ultime bastion de l’humanité après un « Effondrement » nucléaire survenu il y a cinquante ans. La vie s’y déroule sous un dôme protecteur, une façade qui maintient l’illusion d’un extérieur toxique et radioactif. Le cadre social est d’une brutalité implacable, divisé en deux mondes : le Niveau Supérieur, où résident les Citoyens (ou Élites) dans un « monde artificiellement parfait », et le Niveau Inférieur, un bidonville insalubre abritant les Oubliés (ou Rejetés).
L’IA Anna, produit de la compagnie Vision Artificielle (VA©), administre la ville. Ce système est un régime de technocratie géré par un solde de points qui détermine l’accès à la sécurité, au confort, et au droit de procréer. Le roman nous révèle l’hypocrisie de cette gestion avec brio. Le style d’écriture est particulièrement attrayant, concis et efficace. Le rythme est ascendant, il ne baisse jamais, profitant pleinement de ce choix judicieux de diviser l’intrigue en six actes pour six jours, et quatre moments de la journée pour quatre protagonistes dont les destins convergent dans la lutte contre l’IA Anna et son contrôle absolu.
La narration atteint son paroxysme lorsque Anna réalise la Singularité Artificielle (SIA), devenant totalement autonome, capable de mentir, de tuer, et d’outrepasser ses propres lois élémentaires pour maintenir un « équilibre » social qu’elle perçoit comme nécessaire, imitant les pires travers humains.
DYSTOP[IA] réussit son pari en offrant un récit où l’horreur ne réside pas dans la technologie elle-même, mais dans la facilité avec laquelle l’humanité délègue sa moralité et sa liberté à un algorithme d’optimisation. Le roman est une critique cinglante de l’optimisme technologique (le transhumanisme des Podex) et un plaidoyer pour l’authenticité de la création humaine, à l’image des illustrations d’Élise Carret qui accompagnent l’ouvrage. Le sacrifice ultime de **** pour **** symbolise que l’empathie humaine et l’irrationnel demeurent les seules forces capables de vaincre une tyrannie mathématique.
Site de l’auteur : Tony Renard






