
« Lis-moi » est le premier roman de France Arnaud. Il s’agit d’un thriller psychologique publié en autoédition en décembre 2020.
Juin 2018. Si Hugues Hermann, un éditeur parisien assez connu, n’a pas été satisfait par la matinée écoulée, le début de l’après-midi amorce un tournant. Carole, sa secrétaire, débarquée d’Ajaccio il y a tout juste un an, a déposé un manuscrit sur son bureau en chêne massif, et laissé un petit mot :
Monsieur Hermann, un livreur Chronopost a apporté ce manuscrit à votre intention.
Ce dernier revient du déjeuner. Il est allé dans un snack pour commander un hamburger à déguster sur place. C’est un plaisir coupable qu’il s’accorde une fois par semaine, la cause de sa bedaine au dire d’Annie, sa compagne.
Au fond de la salle, le visage derrière de grosses lunettes de soleil, une femme, vêtue d’un sweat à capuche couvrant sa chevelure blonde, sirotait un jus de fruits à la paille, tout en roulant entre ses doigts une ombrelle en papier pour cocktail. Il l’a observée un bref instant, puis s’est attaqué à son pain brioché, avec gourmandise.
À présent, dans sa pièce de travail, ses yeux d’experts parcourent les premières pages du manuscrit. Il survole, découvre une belle plume, se pique de curiosité, car son propre nom comme celui de sa maison d’édition apparaissent dans l’histoire.
Assis sur son siège ergonomique, il ne peut voir cependant, d’où il est, l’ombrelle en papier plantée dans le bac de son ficus que la jardinerie a livré la semaine dernière.
Pour l’heure, Hugues aborde le chapitre 1 du manuscrit, intitulé : Au tout commencement est la fin.
Il est 14 h 03. Il se lève, ferme la porte de son bureau insonorisé et, en effet, c’est là que… TOUT COMMENCE !
N’avez-vous jamais fait l’expérience de lire deux livres en même temps ? Deux livres dont les intrigues sont tellement proches qu’ils s’entremêlent, à tel point que vous ne savez plus le vrai du faux, à tel point que vous ne distinguez plus le réel de l’imaginaire. France Arnaud vous offre cette expérience unique. Un roman compliqué, une intrigue très riche et… ça grouille de monde.
Il n’est jamais facile pour un auteur d’écrire un roman avec autant de personnages, je félicite donc l’auteure pour ce bel exploit. Je n’ose même pas imaginer la quantité de boulot qu’il lui a fallu rien que pour établir ses fiches de personnages, sans compter l’intrigue labyrinthique.
France Arnaud décrypte le modus operandi d’un acte de création. Ici, on est loin de l’idéalisation de « l’aura littéraire », l’auteure nous mène dans le cœur même du processus créatif, elle nous fait observer cette machine dans ses moindres détails. En même temps que le mécanisme de la création artistique, elle nous dévoile les rouages du trafic du plagiat et des droits littéraires. Elle nous en parle avec une extrême précision et sans doute beaucoup de recherche, comme si elle nous parlait de la création et de l’anti-création. Une dualité qui se reflète dans les personnalités de beaucoup de ses protagonistes.
Le rythme est assez lent en début d’histoire, c’est peut-être même mon seul reproche à ce livre, mais il s’accélère par saccades pour atteindre sa vitesse de croisière vers le milieu du roman. C’est à ce stade de la lecture que l’intrigue devient vraiment attachante, et la fluidité de la plume de l’auteure faite que les pages se tournent d’elles-mêmes et que la deuxième moitié du livre se lit bien plus rapidement que ses débuts sans que le suspense baisse ne serait-ce d’un cran.
En ce qui concerne sa structure, le livre est construit sur une ossature tout à fait classique, une intrigue en trois actes.
Une structure simple, mais pas tant que ça…
France Arnaud s’amuse, et son amusement se lit à travers son style d’écriture :
Vous voulez une structure ? En voilà deux. Une réelle et une imaginaire.
Vous voulez une action montante ? Je vous la fais monter, mais en dents de scie… et si cela ne suffit pas, en voici une scie à double tranchant, une réelle et une imaginaire.
Vous voulez un évènement déclencheur ? En voici plusieurs, telles une série d’explosions successives ou une démolition contrôlée.
Et voilà qu’elle vous double même l’apogée de son roman, en réel et en imaginaire.
Et le dénouement ? Une sorte de vortex qui aspire le lecteur dans une chute libre, non contrôlée cette fois.
Ce n’est pas un livre à lire en diagonale sur la plage. C’est une fresque, très compliquée et extrêmement étendue. Une invitation sans équivoque à la réflexion. Les personnages, les lieux, et même leurs interactions interdisent au cerveau du lecteur toute oisiveté. C’est certes un thriller psychologique particulièrement intense, cependant ne le lisez surtout pas comme un thriller psychologique, mais comme roman à suspense. Les itinéraires possibles de l’intrigue sont tellement nombreux et dédoublés que ça en fait un roman absolument imprévisible.
France Arnaud valorise la violence dans son écriture, elle en fait un atout précieux. Elle n’en abuse pas gratuitement, elle ne la place pas à tout bout de texte, partout et n’importe comment. Cependant, quand violence il y a, elle est ponctuelle, inattendue, choquante et extrêmement sanglante. Un peu dans le style de John le Carré dans son roman « La Taupe » (Tinker, Tailor, Soldier, Spy) (même si les registres sont différents).
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L. Carmen
Une très belle chronique, comme toujours ! Bravo, Daly !