Tout romancier en exercice sera familier avec la réaction à la fois plaisante et sérieuse lorsqu’une personne nouvellement rencontrée découvre ce que vous faites : « Je ferais mieux de faire attention à ce que je dis, alors, n’est-ce pas ? » ou, parfois, « J’ai une belle histoire pour vous ». Vous (enfin, moi) aurez tendance à répondre : « Ça ne marche pas comme ça », parce que ce n’est pas le cas. Il n’y a rien de plus inutile que l’anecdote déjà très travaillée de quelqu’un d’autre, vernie pour l’éternité… L’ensemble du processus est généralement beaucoup plus passif, spongieux et aléatoire que cela. Le motif du lecteur de vouloir comprendre le processus de création littéraire est, bien sûr, légitime, mais aussi finalement futile, car même le romancier le plus conscient de lui-même ne peut souvent pas expliquer correctement ce que c’est, ce qu’il fait et comment cela se produit.