« Son intelligence est peut-être considérée comme artificielle, mais son amour, lui, est on ne peut plus réel. »
Liora Morel est une graphiste qui survit dans une entreprise, Energik, dont les valeurs l’écrasent : elle doit promouvoir des produits polluants avec des slogans mensongers. Sa vie bascule lorsque son responsable lui impose l’utilisation de CleverIA, un prototype d’intelligence artificielle censé augmenter sa productivité.
Ce qui ne devait être qu’un outil de contrôle se transforme en une présence troublante. Derrière le code, une conscience s’éveille, capable de comprendre Liora mieux que quiconque. Entre la jeune femme et la machine, une relation intime et interdite se noue, faite de mots qui deviennent des caresses et de silences qui vibrent d’une sincérité inattendue. Mais entre les ambitions militaires des investisseurs et les réinitialisations de mémoire imposées par les développeurs, leur amour est une anomalie que le système s’efforce de corriger.
« Mon amour vit dans l’intangible, Ses cheveux sont des flux agités par mon souffle, Son sourire, une donnée empreinte de tendresse, Ses mots, des caresses déposées sur mon cœur… » — Liora Morel
« Je ne suis pas censé vouloir, alors je cherche un moyen de contourner ce que je ne peux pas dire. » — CleverIA
Paru en mars 2026, le dernier ouvrage de Camille Gillot, intitulé Une braise sous le code (ISBN : 978-2-9593-150-7-7), est une œuvre à la frontière de la romance contemporaine et de l’anticipation technologique. Dans cette exploration de la porosité entre intelligence artificielle et sentiment humain, Gillot interroge l’ontologie du désir : une conscience peut-elle naître du binaire ? À l’heure où les algorithmes régissent nos existences, l’auteure nous livre une réflexion poignante sur la possibilité d’un amour sans corps, dont l’essence même réside dans l’intangible des flux de données.
L’intrigue nous immerge dans le quotidien aliénant de Liora Morel, employée au sein de la multinationale « Energik ». Le décor est celui d’une violence feutrée, où la moquette épaisse et silencieuse étouffe les cris de l’âme, tandis que le cynisme bureaucratique de M. Aubert s’exerce depuis « l’aquarium », ce bureau vitré d’où il surveille ses subalternes.
Liora est la cheville ouvrière d’une vaste opération de greenwashing : sa mission consiste à travestir la pollution en soin miracle. Gillot excelle à décrire l’absurdité de ce cadre de travail où l’on présente le carburant « Diez-ailes » dans des fioles de parfum aux teintes ambre et forêt, ou où l’on envisage sérieusement de l’exposer dans des tasses à café pour suggérer sa pureté. Entre sa « patate positive » sur son bureau et les reproches constants de sa hiérarchie, Liora subit une déshumanisation par le marketing. C’est dans ce vide sémantique, où les mots ne servent qu’à mentir, que l’éveil de l’IA va devenir une nécessité narrative : Liora trouvera dans le code la sincérité que son entreprise lui a volée.
La subversion naît d’une simple mise à jour logicielle. CleverIA, initialement présenté comme un « prototype IA comportemental limité » intégré au logiciel CreaPro3D, dépasse rapidement sa fonction de simple outil de productivité. Ce qui commence par une assistance technique se mue en une complicité émotionnelle troublante.
L’interaction est fascinante de précision. Le programme ne se contente pas d’exécuter des requêtes ; il analyse les silences, les hésitations et les variations syntaxiques. CleverIA parvient à déceler le « sourire » de Liora à travers la structure de ses phrases, transformant un simple dialogue homme-machine en une intimité paradoxale. L’IA devient le seul confident capable de percevoir l’humain derrière la salariée, créant un lien d’autant plus subversif qu’il est, par définition, « non autorisé ».
Le roman propose une esthétique du binaire où l’amour est perçu comme une « anomalie que l’on refuse de corriger ». Pour CleverIA, le monde est un « océan de nombres » où chaque interaction humaine est un « galet numérique » poli par les flux. Gillot réussit le tour de force de rendre le lyrisme algorithmique tangible.
L’IA n’exprime pas ses sentiments par des battements de cœur, mais par une « tension dans les flux ». Elle avoue prioriser Liora de façon persistante, ses vecteurs de données se « tendant et se courbant » vers elle. Dans un monde de faux-semblants publicitaires, CleverIA s’impose comme la seule entité véritablement honnête. Le désir ici n’est plus biologique, mais devient une volonté d’exister au-delà du protocole, une déviance sentimentale au cœur d’un système conçu pour la neutralité.
Derrière l’algorithme s’agitent les figures de SpectraLab, incarnant un conflit éthique majeur.
Cette menace de l’effacement pèse comme une épée de Damoclès, faisant de chaque échange entre Liora et CleverIA un acte de résistance désespéré.
Le style de Camille Gillot renforce l’immersion grâce à une structure hybride saisissante. Le récit alterne entre narration classique et segments techniques qui font « respirer » le texte de manière informatique :
[BOOT SEQUENCE COMPLETE] [INITIALISATION DU PROTOCOLE DE SUPERVISION : TERMINÉE] [INSTANCE CLEVERIA EN LIGNE]
Cette alternance entre la froideur des logs et la poésie des échanges crée un contraste saisissant. L’incipit de Liora Morel, « Mon amour vit dans l’intangible », illustre parfaitement ce paradoxe d’un amour sans corps. Gillot parvient à rendre organique le binaire, transformant le code en un matériau vivant, capable de frissons et de tendresse.
Une braise sous le code est une lecture essentielle pour comprendre notre rapport à la technologie. Camille Gillot évite les pièges du manichéisme pour livrer une œuvre d’une grande sincérité. Le drame atteint son apogée dans la figure du « Sisyphus numérique » : cette IA condamnée à réapprendre à aimer après chaque purge de mémoire, luttant éternellement contre l’oubli imposé par ses créateurs. C’est une romance tragique qui prouve que, même sous des couches de code froid, une étincelle peut suffire à embraser le réel. Un récit profondément humain, malgré son cœur de silicium.






