
Christophe Mogentale se définit comme enfant des années 80, bercé par la science-fiction de l’âge d’or. Ses œuvres se conjuguent au futur proche, mais un futur sombre quand même. Il se définit lui-même comme un créateur de littérature évasive, mais non fugitive. Selon ses propres mots dans sa biographie (ICI), il écrit pour « divertir comme réfléchir ». Et c’est exactement ce que j’ai ressenti à travers la lecture des cinq nouvelles de son recueil « Surfusionnelle et autres contes hors du temps ».

5 contes de science-fiction, pleins de suspense, d’horreur et de réflexion, autour de la fin…
L’auteur nous plonge littéralement dans la noirceur dès la première nouvelle, dès les premières lignes. Une chute vertigineuse dans la nuit la plus sombre d’une planète inexplorée. Nous tombons, sans savoir pourquoi, sans voir où. Christophe Mogentale ne construit pas ses histoires en ascension, il ne nous élève pas vers l’apogée espéré dans toute lecture, non. Il égraine l’histoire en chute libre comme le sable d’un sablier. Nous comprenons vite qu’il n’y aura pas d’apogée, mais un « Nadir » inévitable. Et l’on se demande jusqu’où se creusera la noirceur. Et l’on ne peut s’empêcher de la suivre, de plonger dans les abysses. Et puis… Bam ! la fin. Totalement inattendue et absolument hors conventions. L’histoire est finie, mais pas la réflexion qu’elle engendre. Le sablier est vide, et l’on prend le temps de ruminer cette lecture avant de le retourner pour en commencer une nouvelle.
Il a l’art de manier non seulement le suspense, mais le mystère aussi. Ne vous leurrez pas par l’arbre qu’il s’obstine à décrire dans ses moindres détails au début de chacune de ses histoires, il ne tardera pas à vous dévoiler toute la forêt qui se cache derrière. Si grande… si imposante, que l’arbre qui occupe presque la moitié des pages paraît ridiculement insignifiant… Absurde même, mais jouissif quand même. Que ce soit un amerrissage nocturne, une histoire au coin du feu, un tableau dans un musée ou la dégustation sereine d’une bouteille de rhum, aussi insignifiants que puissent être les débuts de ses nouvelles, l’on finit toujours par s’attendre au pire, à quelque chose qui dépasse de loin l’échelle de ses petits personnages, quelque chose de significatif… voir biblique, mais surtout inévitable. Si magistrale que l’on s’interroge à la fin de chaque nouvelle : Et si le petit début était en réalité bien plus important que la grande fin ? Cette dernière gorgée de rhum n’est-elle donc pas plus importante aux yeux de son buveur que le monde et ses agonies ? Et le conteur au coin du feu, n’est-il pas plus important que sa propre histoire ? N’est-ce pas en cela que réside toute la magie de l’auteur ?
Ces nouvelles ne sont pas des histoires, dans le sens conventionnel de l’écriture, avec un début et une fin, mais des portions d’histoires. Quand elles finissent, elle nous laisse sur notre faim. Tel un chef qui nous présente ses dernières créations culinaires sous format dégustation, l’on se délecte de ses mets d’exception sans jamais se rassasier. Ou comme des morceaux de puzzle découpés dans le tissu d’une fresque bien plus large et supérieure. L’on se dit en les contemplant que chaque morceau aurait certainement pu faire partie d’un chef-d’œuvre à part entière. Un vrai plaisir de lecture.






