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L’écriture selon Dany Laferrière 02

DalyDalyLes Coursil y a 3 heures26 Vues

 

L’Art de Jongler avec les Projets

 

« C’est toujours bien de travailler sur deux textes à la fois (l’un en majeur, l’autre en mineur), car si jamais vous n’avancez pas sur l’un vous pouvez passer à l’autre. Et si vous êtes en panne sur les deux, mettez-en en route un troisième. »

 

 Écrire sans s’arrêter

L’écriture est un processus capricieux, rythmé par des phases d’euphorie créative et des périodes de stagnation. Nombre d’écrivains se heurtent à un mur invisible : l’angoisse de la page blanche. Cette peur, souvent irrationnelle, naît d’une pression excessive à produire un texte abouti du premier coup. Elle se nourrit de l’incertitude et du doute, transformant la moindre hésitation en blocage prolongé. Pourtant, l’un des secrets d’une écriture fluide et constante réside dans la diversification des projets. Dany Laferrière propose une approche simple mais redoutablement efficace : toujours travailler sur au moins deux textes en parallèle. Cette méthode repose sur un principe fondamental : ne jamais rester immobile. Lorsqu’un texte semble s’enliser, il suffit de passer à un autre, puis d’y revenir plus tard avec un regard neuf. Ainsi, l’écrivain évite de s’épuiser à forcer un passage qui ne s’ouvrira qu’avec le temps.

Écrire, c’est aussi une question de rythme. L’alternance entre plusieurs projets permet d’adapter son énergie et son état d’esprit à la nature du texte. Un roman dense et exigeant peut être compensé par une écriture plus légère, comme un essai, un journal ou une nouvelle. Cet équilibre favorise une production régulière, tout en libérant l’écrivain du poids d’un seul projet pesant sur ses épaules. Loin de se disperser, il trouve au contraire une respiration créative qui l’aide à avancer, même dans les périodes creuses.

 L’Équilibre entre Majeur et Mineur : Une Écriture en Mouvement

Texte « en majeur » et texte « en mineur », une distinction subtile qui renvoie à l’idée d’un projet principal et d’un projet secondaire. Ce jeu d’équilibre permet à l’écrivain de ne jamais se retrouver à l’arrêt, naviguant entre deux niveaux d’implication et d’exigence.

Le texte « majeur » est souvent celui qui mobilise le plus d’énergie, celui qui s’inscrit dans une ambition littéraire forte : un roman en chantier, un essai de fond, une œuvre de longue haleine. Il demande une concentration soutenue, une structure réfléchie, une cohérence stylistique. À l’inverse, le texte « mineur » fonctionne comme un espace de liberté, où l’écriture se fait plus instinctive et moins contraignante. Il peut s’agir d’un journal, d’un recueil de pensées, de courtes nouvelles ou même de simples notes sur des idées en gestation.

Pourquoi cette alternance est-elle bénéfique ? Parce qu’elle préserve le mouvement. Quand l’écriture du texte principal devient laborieuse, s’y acharner risque d’amplifier la frustration. Se tourner vers un projet secondaire permet alors de relâcher la pression tout en restant actif. C’est une respiration, un détour nécessaire pour laisser reposer une idée, contourner un passage bloqué, ou simplement changer de rythme. Par ailleurs, ces deux types d’écriture ne sont pas hermétiques. Le travail sur un texte « mineur » peut nourrir le projet principal, parfois de manière inattendue. Une phrase griffonnée dans un carnet peut devenir un passage clé du roman. Une réflexion amorcée dans un texte secondaire peut éclairer une impasse narrative. Loin d’être une distraction, cette alternance crée des passerelles entre les idées et enrichit la créativité de l’écrivain.

Les Bienfaits Multiples d’une Écriture Parallèle

L’image de l’écrivain solitaire, absorbé par une seule œuvre qu’il peaufine jusqu’à l’obsession, est profondément ancrée dans l’imaginaire collectif. Pourtant, cette vision rigide de la création littéraire ne correspond pas à la réalité de nombreux auteurs, qui alternent entre différents projets pour rester productifs et inspirés. L’un des premiers avantages d’une écriture parallèle est la prévention de l’épuisement. Se consacrer exclusivement à un texte peut rapidement devenir pesant, surtout si l’on bute sur une difficulté. Plutôt que de s’acharner et risquer la lassitude, pouvoir passer à un autre projet permet de retrouver du plaisir dans l’acte d’écrire. Ce changement d’air évite également la sensation de stagnation qui peut miner la confiance d’un écrivain.

Autre bénéfice essentiel : la complémentarité des styles et des idées. Chaque texte possède son propre ton, son propre rythme, et sollicite une facette différente de l’écriture. Un roman exige une construction minutieuse et une attention aux arcs narratifs, tandis qu’un recueil de réflexions ou une nouvelle peuvent offrir une plus grande spontanéité. Travailler sur deux genres différents permet de jouer sur ces contrastes, de ne pas s’enfermer dans une seule approche stylistique. Parfois, une idée ébauchée dans un projet secondaire trouve sa place dans l’œuvre principale, enrichissant la narration sans effort conscient.

Instaurer une discipline d’écriture sans frustration. L’écrivain n’attend plus passivement que l’inspiration vienne à lui ; il la provoque en changeant de cadre, en explorant d’autres univers textuels. Écrire devient un état permanent plutôt qu’un moment ponctuel de grâce. En maintenant une production constante, même sur des projets secondaires, il devient plus facile de reprendre un texte principal avec fraîcheur et recul.

Gérer Plusieurs Textes : Organisation et Discipline

Cette méthode exige néanmoins une certaine rigueur pour éviter la dispersion. Jongler avec plusieurs textes ne signifie pas les aborder de manière anarchique. Sans organisation, le risque est de commencer sans jamais finir, de s’éparpiller au point de ne plus avancer réellement sur aucun projet. Il s’agit donc de trouver un équilibre entre flexibilité et discipline.

Tout d’abord, il est essentiel de bien définir la nature de chaque texte. Quel est le projet principal, celui qui mérite le plus d’attention et d’énergie ? Quel est le texte secondaire, celui qui servira de respiration ou d’espace d’expérimentation ? Cette hiérarchisation permet de ne pas perdre de vue l’objectif final tout en laissant de la place aux idées annexes. Certains écrivains se fixent des plages de travail précises : par exemple, le matin pour le texte majeur, l’après-midi pour le projet mineur. D’autres préfèrent avancer au fil de leur inspiration, en veillant toutefois à maintenir une progression constante sur les deux fronts.

L’adaptation de l’état d’esprit à chaque texte est également primordiale. Passer d’un roman dense à une écriture plus libre implique un changement de rythme et de ton. Certains écrivains utilisent des rituels pour opérer cette transition : changer de lieu d’écriture, modifier la musique d’ambiance, utiliser des carnets distincts. Ces petits gestes permettent de conditionner le cerveau à passer d’un projet à l’autre sans heurt. Si une difficulté survient, il est parfois préférable d’insister un peu avant de changer de texte. L’écriture est un travail d’endurance autant que d’inspiration. Mais si, après plusieurs tentatives, rien n’avance, alors le passage à un autre projet devient une respiration nécessaire plutôt qu’une fuite.

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