
Pour maîtriser le « show don’t tell », vous devez d’abord apprendre à reconnaître ces deux modes narratifs dans vos propres textes. Cette distinction, apparemment simple, demande un œil exercé et une compréhension fine des mécanismes de l’immersion.
Le « tell » se caractérise par l’exposition directe d’informations. L’auteur fonctionne comme un narrateur externe qui décrit, explique, résume ou commente ce qui arrive à ses personnages.
Exemples typiques de « tell » :
Ces phrases informent le lecteur mais ne lui permettent pas de vivre l’expérience avec le personnage.
Le « show » présente des éléments concrets – actions, dialogues, détails sensoriels, comportements – qui permettent au lecteur de déduire lui-même les informations importantes.
Transformons les exemples précédents :
Tell : « Sophie était une femme timide qui manquait de confiance en elle. »
Show : « Sophie détourna le regard quand le serveur s’approcha de leur table. Ses doigts tripotaient nerveusement l’ourlet de sa manche tandis qu’elle murmurait sa commande, si bas qu’il dut se pencher pour l’entendre. »
Tell : « La relation entre les deux frères s’était dégradée depuis l’héritage. »
Show : « Marc raccrocha sans dire au revoir. Dans le salon, la photo de famille trônait toujours sur la cheminée, mais Paul avait tourné le cadre face au mur la semaine dernière. Leurs visages souriants de l’été dernier, avant que papa meure, avant que tout bascule, lui faisaient trop mal. »
Exemple 1 – L’inquiétude
❌ Tell : « Laura s’inquiétait pour son fils qui rentrait tard. »
✅ Show : « Laura vérifia son téléphone pour la dixième fois en cinq minutes. Aucun message de Tom. Elle écarta le rideau du salon : la rue restait déserte sous le halo orange des réverbères. 23h47. Il avait dit 22h30. »
Analyse : Le « show » nous fait ressentir l’angoisse de Laura à travers ses gestes compulsifs et sa surveillance de l’heure. Le lecteur vit l’attente avec elle.
Exemple 2 – La jalousie
❌ Tell : « Emma était jalouse de sa sœur cadette. »
✅ Show : « Emma observa sa sœur papillonner d’un groupe à l’autre lors de la soirée, récoltant sourires et compliments avec cette facilité naturelle qu’elle-même n’avait jamais possédée. Ses ongles s’enfoncèrent dans ses paumes quand Chloé éclata de rire, tête renversée, lumineuse. »
Analyse : La jalousie transparaît dans l’observation douloureuse, le contraste établi et la tension physique (ongles dans les paumes).
Exemple 3 – L’amour naissant
❌ Tell : « Julien tombait amoureux de sa nouvelle collègue. »
✅ Show : « Julien se surprit à prendre le chemin le plus long vers la photocopieuse, celui qui passait devant le bureau de Léa. Il avait mémorisé ses horaires de pause café sans s’en rendre compte et trouvait soudain mille prétextes pour traîner près de la machine à café vers 10h15. »
Analyse : L’amour naissant se révèle par les comportements irrationnels et les petites obsessions typiques de l’attraction.
Exemple 4 – La pauvreté
❌ Tell : « La famille vivait dans la pauvreté. »
✅ Show : « Maman compta les pièces une troisième fois avant de les remettre dans son porte-monnaie. “Prenez juste le pain”, dit-elle au boulanger en repoussant discrètement les croissants que réclamaient les enfants. »
Analyse : La pauvreté prend corps dans les gestes comptés, la négociation silencieuse, la frustration des enfants.
Exemple 5 – L’épuisement
❌ Tell : « Après cette journée difficile, Pierre était épuisé. »
✅ Show : « Pierre laissa tomber ses clés deux fois avant de réussir à ouvrir sa porte. Il s’effondra sur le canapé sans même retirer sa veste, ferma les yeux, et pour la première fois depuis le matin, le silence l’enveloppa. Ses épaules s’affaissèrent comme si elles portaient le poids du monde entier. »
Analyse : L’épuisement se manifeste par la maladresse, l’effondrement physique et la métaphore du poids.
Apprenez à repérer ces constructions dans vos textes :
Verbes d’état abstraits :
Adverbes émotionnels :
Jugements de valeur génériques :
Résumés psychologiques :
Remplacez systématiquement les états par des actions observables :
État abstrait : « Il était concentré » Action concrète : « Il ne leva pas les yeux de son écran quand le téléphone sonna pour la troisième fois. »
État abstrait : « Elle était nostalgique » Action concrète : « Elle caressa du bout des doigts la couverture défraîchie de son livre d’enfance, souriant malgré elle en retrouvant l’odeur de vanille de la bibliothèque de grand-mère. »
Un détail précis vaut mieux que dix généralités. Privilégiez toujours le spécifique au général :
Général : « Il portait de vieux vêtements. »
Spécifique : « Son pull bleu marine présentait un accroc au coude droit, soigneusement reprisé au fil rouge. »
Général : « La maison était en désordre. »
Spécifique : « Trois tasses de café à moitié vides traînaient sur la table basse, encerclant un cendrier débordant de mégots et des factures froissées. »
Chaque détail que vous « montrez » doit servir à :
Détail inutile : « Elle portait un manteau rouge. » Détail révélateur : « Elle portait le manteau rouge que sa mère avait cousu pour ses dix ans, trop court maintenant mais qu’elle refusait d’abandonner. »
Réécrivez ces phrases en « show » :
Conseils : Pensez aux manifestations physiques, aux comportements révélateurs, aux interactions avec l’environnement.
Transformez ces « tell » en scènes « show » :
Montrez ces personnalités sans les nommer :
Remplacez ces descriptions par du « show » :
Réécrivez ces résumés en scènes immersives :
Le « show » efficace combine :
Votre objectif : Faire ressentir plutôt que comprendre, immerger plutôt qu’informer.
Dans le chapitre suivant, nous explorerons spécifiquement comment « montrer » les émotions sans jamais les nommer, en utilisant le langage du corps et les réactions physiologiques comme vos principaux outils narratifs.