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L’écriture selon Dany Laferrière 02

DalyDalyLes Coursil y a 1 heure18 Vues

Les mots sont innocents

 

 

« Aucun mot n’est vulgaire en fait, seuls les comportements peuvent l’être. »

 

Une vérité que l’on oublie souvent : les mots en eux-mêmes ne portent pas de jugement moral. Ils sont des outils, neutres, prêts à être façonnés par ceux qui les utilisent. Un mot peut être employé dans des contextes aussi variés que la poésie, le sarcasme, l’amour ou la violence. C’est l’intention de celui qui parle ou écrit qui détermine si le mot sera perçu comme vulgaire ou non. Un exemple classique de ce phénomène réside dans le terme « merde ». Si ce mot est utilisé dans une situation de frustration ou d’humour, il ne semble pas choquant. Cependant, employé dans un contexte de mépris ou d’agression, il prend un ton totalement différent. C’est ainsi que la vulgarité n’est pas dans le mot, mais dans la manière dont il est projeté dans le monde.

D’ailleurs, si l’on observe l’histoire des langues, on constate que ce qui est considéré comme vulgaire évolue avec le temps. Au fil des siècles, certains mots autrefois neutres ou valorisants sont devenus inacceptables, tandis que d’autres, jadis proscrits, sont aujourd’hui d’usage courant. Un exemple frappant est le mot « Mademoiselle », autrefois utilisé pour désigner les jeunes femmes non mariées. Pendant des siècles, ce terme était perçu comme une marque de respectabilité, une distinction sociale. Pourtant, avec l’évolution des mentalités et des luttes féministes, c’est devenu un mot controversé. En 2012, son usage a été officiellement supprimé des documents administratifs en France, car il était jugé discriminant par rapport à l’absence d’équivalent masculin. Ce n’est pas tant le langage qui est moralement problématique, mais le comportement derrière son utilisation. Il existe des discours marqués par la haine, le mépris, la domination, même si ces discours sont parfaitement polis et bien formulés.

Il est question ici des limites du langage dans la littérature. Certains écrivains ou créateurs s’auto-censurent, effrayés par le potentiel « choquant » de certains mots. Toutefois, l’écriture ne doit pas se limiter à une représentation édulcorée de la réalité. Laferrière propose, à travers cette citation, une réhabilitation du langage dans toute sa richesse et sa diversité. Les écrivains devraient pouvoir choisir les mots qui leur semblent justes, sans crainte d’être jugés uniquement sur leur forme, mais plutôt sur leur vraie intention. Il s’agit de reconnaître la puissance de chaque mot, de lui accorder la liberté qu’il mérite pour exprimer des réalités humaines complexes, tout en restant attentif à l’intention qui se cache derrière son emploi. Ce n’est pas un mot en particulier qui peut être qualifié de vulgaire, mais bien l’usage abusif qu’on en fait pour oppresser, dévaloriser ou blesser les autres. En tant qu’écrivains, nous devons repenser notre approche de la langue et accepter que la véritable vulgarité se cache bien plus dans les actes et les pensées que dans les mots eux-mêmes, c’est le contexte culturel et social qui leur donne leur charge émotionnelle.

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