































Après le succès de son précédent recueil, La chance de ne pas en avoir (éd. 5 Sens), Sylvain Guillaumet revient avec une proposition littéraire audacieuse : 250 micronouvelles.
Chaque texte est construit selon une forme aussi rigoureuse qu’exigeante : 1000 caractères exactement. Cette contrainte formelle devient un moteur de créativité, offrant au lecteur une expérience de lecture rythmée, intense et d’une grande diversité. L’ouvrage est illustré par un origami original d’Angélique Cormier.
« Rêvenons à nous » ne se cantonne pas à un genre unique, mais explore un véritable « arc-en-ciel de tons » : humour, poésie, dérision, élégie, gravité ou légèreté.
Le lecteur voyage à travers les époques et les lieux, rencontrant des personnages aussi variés que :
Né en 1972 à Saint-Amand Montrond (Cher), Sylvain Guillaumet est un auteur prolifique et un artiste complet.
Rêvenons à nous de Sylvain Guillaumet n’est pas seulement un recueil de micronouvelles ; c’est une architecture du vertige, une tentative littéraire audacieuse qui place la contrainte mathématique au service d’une liberté poétique absolue. Publié chez 5 Sens Éditions, cet ouvrage se présente comme une suite spirituelle et formelle à son précédent recueil, La chance de ne pas en avoir, en reprenant un dispositif exigeant : 250 micronouvelles, chacune calibrée à 1000 caractères exactement.
Dans la tradition des exercices de style et de la littérature à contraintes, Sylvain Guillaumet s’impose une rigueur qui, loin de brider l’imaginaire, agit comme un catalyseur. Les mille caractères ne sont pas ici une limite, mais une unité de mesure, une sorte de pulsation cardiaque qui donne au recueil un rythme organique. Cette forme rigoureuse oblige l’auteur à une économie de moyens où chaque mot, chaque virgule, doit justifier sa présence. On y décèle l’influence d’un esprit de géomètre doublé d’une âme de poète, capable de condenser l’immensité d’une vie ou l’ironie d’une situation historique en une page unique.
L’ouvrage lui-même, illustré par un origami d’Angélique Cormier, annonce cette thématique de la transformation. Tout comme le papier se plie pour devenir une forme nouvelle, le langage de Guillaumet se plie aux exigences du décompte pour devenir un récit. Cette « mise en pli » de la réalité permet de passer du trivial au sublime sans transition, créant un effet de kaléidoscope où le lecteur est sans cesse bousculé par la diversité des décors et des époques.
La grande force de « Rêvenons à nous » réside dans son « arc-en-ciel de tons ». Guillaumet refuse de s’enfermer dans un genre unique. Le recueil est un voyage trans-historique et trans-géographique. Le lecteur est tour à tour invité dans la galerie des Glaces du château de Versailles avec des adolescents en quête de frissons nocturnes, puis projeté dans le bureau du commissaire Maigret, ou encore témoin des réflexions amères de Charlotte de Robespierre sur son frère Maximilien.
L’humour y est souvent teinté de dérision, notamment lorsqu’il s’agit d’aborder les travers de notre modernité. Guillaumet s’empare de sujets d’actualité comme la pandémie de COVID-19, mais avec un angle décalé : un vampire souffrant d’agueusie (perte du goût), incapable de savourer le sang de ses victimes, devient une métaphore saisissante de la perte de sens dans nos sociétés. Il aborde également les réseaux sociaux, la dépendance aux écrans et l’absurdité bureaucratique avec une plume acérée qui n’oublie jamais d’être élégiaque.
On ne peut comprendre la structure de ces micronouvelles sans prendre en compte la carrière de Sylvain Guillaumet en tant que musicien professionnel. Compositeur pour chœurs et habitué des concerts-lectures, l’auteur insuffle à ses textes une musicalité évidente. Chaque micronouvelle fonctionne comme une mesure, un fragment de partition où le silence et le point final ont autant d’importance que la note attaquée.
L’influence de la chanson française est omniprésente. Les hommages à Georges Brassens, Claude Nougaro, Jacques Brel ou Allain Leprest ne sont pas de simples citations, mais des ancrages culturels qui renforcent l’aspect populaire et universel de son écriture. Cette dimension mélodique permet à l’auteur de traiter de la gravité — la mort, la solitude, la guerre — avec une légèreté qui n’est jamais de l’insouciance, mais une forme de politesse du désespoir.
Derrière la brièveté des récits se cache une critique sociale profonde. Guillaumet explore les « inondations de mots puants » des réseaux sociaux et la violence des rapports humains. Il met en scène des personnages en marge : des SDF dont les lits de fortune deviennent des pièces de mobilier prestigieux sur les trottoirs de France, ou des mères isolées qui luttent pour leur dignité.
Le recueil interroge sans cesse notre rapport au « vrai ». Dans un monde saturé d’informations et de « fake news », la micronouvelle devient un espace de résistance. En 1000 caractères, l’auteur parvient à déshabiller les faux-semblants pour atteindre ce qu’il appelle la « composition du vrai ». Que ce soit à travers le prisme de l’histoire (la vente symbolique de la Tour Eiffel ou de Chambord) ou celui de l’intime, Guillaumet nous force à regarder ce que nous préférerions ignorer.
Dans le genre de la micronouvelle, la fin est primordiale. Guillaumet maîtrise l’art de la chute avec une précision chirurgicale. Parfois, la fin est un éclat de rire ; d’autres fois, elle est un choc frontal ou une porte ouverte sur le rêve. Le titre même, « Rêvenons à nous », suggère cette double dynamique : un retour à soi (revenons) par le biais de l’imaginaire (rêve).
L’auteur utilise souvent le fantastique ou l’absurde pour souligner les contradictions humaines. Un hacker qui invente un programme obligeant les ministres à « faire la chèvre » pour débloquer leurs systèmes informatiques illustre parfaitement ce mélange de satire politique et de fantaisie pure. Pourtant, à côté de ces moments de farce, on trouve des textes d’une douceur infinie sur l’enfance, le souvenir et la trace que nous laissons derrière nous.
Le titre du recueil fait écho à la maison d’édition, 5 Sens, et ce n’est pas un hasard. L’écriture de Guillaumet est profondément sensorielle. On y sent l’odeur du « chocolat chaud » qui parfume les souvenirs d’enfance, on y entend le « bruit assourdissant de fer » d’un marteau, et on y voit les « couleurs fallacieuses » d’un monde en mouvement. L’auteur parvient à mobiliser l’entièreté des sens du lecteur en un espace textuel extrêmement réduit.
Cette capacité à créer une atmosphère immédiate témoigne d’une grande maîtrise stylistique. Guillaumet n’a pas besoin de longues descriptions pour faire exister une rue de Nice, une forêt du Berry ou un champ de bataille en Ukraine. Quelques traits choisis suffisent à planter le décor et à immerger le lecteur dans une situation émotionnelle forte.
Au-delà de l’anecdote, « Rêvenons à nous » est une méditation sur le temps. Le temps qui passe, le temps que l’on perd, et le temps que l’on tente de fixer par les mots. L’auteur se fait souvent le « gardien des jour ». Ses personnages sont souvent en attente : sur un quai de gare, devant une fenêtre close ou face à un miroir qui ne renvoie plus la même image.
La poésie est présentée comme un élément « fondamental », capable de rendre tout « poéssible ». C’est une arme de défense contre la médiocrité et la violence du monde. Dans une société qui va de plus en plus vite, Guillaumet nous propose de nous arrêter, le temps de 1000 caractères, pour contempler un détail, une émotion, un visage.
« Rêvenons à nous » est un tour de force littéraire. Sylvain Guillaumet réussit le pari de concilier une exigence formelle quasi-mathématique avec une humanité vibrante. Ce recueil est une invitation à redécouvrir le monde par le petit bout de la lorgnette, là où les détails les plus insignifiants révèlent les plus grandes vérités.
C’est un livre qui se déguste par petites touches ou qui se dévore d’une traite, chaque micronouvelle fonctionnant comme une pépite autonome tout en s’inscrivant dans un projet global cohérent. La diversité des tons, l’élégance de la langue et la profondeur des thèmes abordés font de cet ouvrage une référence incontournable pour les amateurs de nouvelles et de poésie contemporaine.
Guillaumet, en musicien des mots, nous offre une symphonie en 250 mouvements qui, au-delà de la prouesse technique, touche au cœur de ce qui nous rend humains : notre capacité à rêver, envers et contre tout. Un ouvrage essentiel pour quiconque souhaite, selon les mots de l’auteur, « décrocher un rêve » au milieu du chaos du monde.






