

« Rien n’est terminé pauvres crédules que vous êtes. Vos mondes seront à nous, un jour… »
C’était les dernières paroles que Shikungunya, le chef des Maringouins, avait prononcées après que Marcus lui eut enfoncé une épée en plein cœur. Le roi des Quercus, Cédricus Citronus, son père, gisait sur le sol, mort de la main de ce redoutable Maringouin qui leur faisait la guerre depuis des décennies. Et pour quelle raison ? Pour un trésor que tous croyaient sorti de l’imagination des anciens ?
La grande soif de pouvoir du chef des Maringouins l’avait conduit à la mort. Marcus, lui, venait de remporter une grande victoire. En ôtant la vie de l’ennemi juré des Quercus, il mettait fin à des années de haine et de destruction. Les habitants du Chêne Sacré allaient enfin pouvoir vivre en paix et en harmonie dans leur monde.
Une des parties du trésor qui avait été dispersée du temps des ancêtres Citronus, trésor qui rendait fous ceux qui se l’appropriaient, avait été détruite. Or, il restait encore la seconde partie qu’il fallait à tout prix retrouver.
En tant que futur roi des Quercus, Marcus se devait de partir en quête de celle-ci le plus vite possible. Aussitôt son couronnement achevé. Et ce, même s’il ne savait pas trop par où commencer…
En attendant ce moment, et si vous n’y voyez pas d’inconvénients, j’aimerais profiter du temps qui m’est imparti avant la cérémonie pour vous parler de son peuple. Parce que vous vous demandez sans doute, pour ceux qui ne les connaissent pas encore, qui sont les Quercus. Ce qu’ils font. Pourquoi leur monde s’est retrouvé confronté à l’horreur de la guerre… Et bien d’autres questions qui vous viennent à l’esprit et piquent votre curiosité. Aussi, je ferai de mon mieux pour vous satisfaire. Et répondrai à vos interrogations en vous résumant l’essentiel.
Tout d’abord, la première chose que vous devez savoir sur les Quercus c’est que ce sont de petits êtres plutôt pacifistes. En effet, à moins que leur vie ou celle de leur arbre-père ne soit menacée, ils évitent généralement tout conflit. Leur destin étant en partie lié à celui du Chêne Sacré dont ils sont les habitants et gardiens. Et qu’ils protègent envers et contre tout, prêts à mourir pour lui, si cela s’avère nécessaire.
Les Quercus ont également une passion dévorante pour l’agriculture. Il ne manque pas un jardin ou un verger dans les jolies clairières où résident nos amis qui ne soit choyé. Légumes et fruits y poussent en abondance, grâce à leurs mains expertes, et à une terre des plus fertiles.
C’est d’ailleurs parce que la récolte se révèle toujours fructueuse que les Quercus ne manquent jamais de rien. Le commerce qui en découle et qui se pratique depuis des générations entre leur clairière, les clairières voisines et les autres mondes magiques, et qui ne cesse de prospérer d’années en années, leur garantit une existence des plus commodes. Leur permettant ainsi de goûter à d’autres mets tout aussi délicieux que les leurs, variant agréablement les plaisirs gustatifs. Car, comme vous l’aurez sans doute déjà compris, les Quercus sont des épicuriens dans l’âme. Ils aiment profiter des bonheurs simples de la vie. Et particulièrement si cela traite de quelque bonne chère à se mettre sous la dent. Dès qu’il s’agit de faire un délicieux et copieux repas, les habitants du Chêne Sacré répondent toujours présents. Quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Il vaut mieux avoir un Quercus en photo dans votre salon, qu’attablé dans votre cuisine. Tenez-le-vous pour dit !
Pour ce qui est des fruits et légumes que cultivent nos amis et ce qu’ils en font… Chaque clairière a méticuleusement élaboré sa propre spécialité à commercialiser. Les habitants de la clairière des Citronus peuvent notamment se vanter, sans exagération aucune, de leur Groggus, un savoureux thé au citron aux vertus apaisantes. Mais aussi de leur fabuleuse tarte au citron. La clairière des Tomatus, elle, possède un excellent jus de tomate, très prisé également. Quant à celle des Orangus, de succulents biscuits secs à l’orange et une marmelade sans pareille pour laquelle plus d’un se damnerait…
Très proches de la nature à laquelle ils vouent un profond respect, les Quercus disposent avant tout d’une immense grandeur d’âme. Grandeur qui contraste avec leur petite taille, les adultes ne mesurant pas plus d’un mètre vingt.
Leur tenue vestimentaire est assez singulière aussi. Ils portent la plupart du temps l’habit traditionnel quercus, un vêtement très particulier en soi avec ses couleurs vives et chaleureuses, dont la couleur diffère d’une clairière à l’autre. Les hommes Citronus, par exemple, sont vêtus d’une salopette verte sur une chemise jaune, coiffés d’un chapeau rond en forme de gland de couleur vert avec, en son milieu, le symbole d’un citron brodé, et chaussés de chaussures en cuir jaunes au bout pointu. Adultes comme enfants portent les cheveux mi-longs.
Les femmes quercus, elles, s’apprêtent souvent d’une jupe longue et d’un chemisier sur une seyante culotte de grand-mère et un bustier en dentelle, blancs la plupart du temps. Ou de la conventionnelle robe longue quercus, posée élégamment sur un ensemble jupon et bustier clairs dentelés. Entre autres tenues extravagantes. Le coloris de leurs vêtements ne divergeant pas de celui des hommes pour une totale harmonie. Elles arborent également de longs cheveux, plus ou moins longs, que certaines tressent souvent ou coiffent en chignon selon les tâches à accomplir. Tout peut aussi dépendre de l’humeur de ces dames sur le moment, ou de leur degré de coquetterie. Elles sont également chaussées de confortables chaussures en cuir, plates ou à talons, au bout pointu.
Comme vous pouvez l’imaginer aisément cependant, la particularité de ce monde magique ne vient pas uniquement de la taille de ses habitants : guère plus hauts que trois pommes. Du fait que ce sont des êtres étonnants, courageux, amoureux et obligeants envers la nature. Ou même de leurs singulières coutumes vestimentaires… Non. Cette originalité vient aussi et, principalement, de leurs habitats. Car ce sont dans les arbres que les Quercus vivent. Dans leur tronc, plus exactement. Et si vous saviez à quel point l’intérieur d’une maison quercus est spacieux et douillet, à l’égal du confort d’une maison humaine, vous voudriez sûrement y faire un petit séjour, comme Amanda et ses enfants, Clara et Dany. Humains comme vous et moi qui plus est.
Amanda ignorait que le magnifique chêne situé au fond de son jardin était magique. Ce ne fut qu’en solutionnant l’énigme contenue dans le parchemin déniché près de l’arbre, qu’elle sut. Elle avait alors dix ans.
Elle découvrit ainsi que la formule magique inscrite en jolies lettres rondes et ornées d’arabesques permettait d’ouvrir une porte dans l’arbre. En l’empruntant, un monde extraordinaire s’offrit à elle : le monde des Quercus, ses gardiens.
À l’époque, les habitants du Chêne étaient en guerre contre de viles et hideuses créatures : les Maringouins. Une fusion entre un Quercus et un moustique géant, comme elle se plut à les décrire plus tard.
Telle fut la raison pour laquelle les Quercus l’appelèrent à l’aide autrefois. Afin de les épauler dans leur combat contre ces monstres. Et vingt-cinq ans plus tard, ils firent de même avec sa fille, Clara, âgée de huit ans. Une histoire beaucoup trop longue à raconter… Une autre histoire.
D’ailleurs, ce que vous devez savoir sur cette aventure-là n’est rien de plus que ce que je vous en ai dit précédemment. Á savoir que la bataille s’est soldée, avec le concours des trois Humains, par la victoire des gardiens du Chêne.
À présent plus ou moins éclairés sur l’identité de nos amis, assez en tout cas pour ce qui va suivre, nous pouvons revenir à la cérémonie de couronnement qui fera d’ici peu de Marcus, le futur roi des Quercus…
— Et je te proclame, toi, Marcus, fils de Cédricus Citronus, roi de tous les Quercus.
Jaccus Carottus, le plus ancien des gardiens du Chêne, prononça ces graves paroles en déposant délicatement sur la tête dénudée de Marcus la couronne de feu son père.
La cérémonie se déroula sur la petite colline qui trônait derrière la clairière et la surplombait. Beaucoup avaient fait le déplacement pour venir assister à l’événement. La plupart des Quercus présents se tenaient debout, en contrebas. D’autres regardaient le spectacle de chez eux, juchés en hauteur sur leurs terrasses. Les plus jeunes, eux, s’étaient déjà perchés sur les branches des arbres s’élevant à la lisière de la clairière.
L’ensemble des représentants des Quercus du Nord avaient répondu à l’invitation. Ainsi qu’Éricus Orangus et Julius Tomatus, fidèles amis de Marcus. Et, bien sûr, les habitants de la clairière des Citronus au complet.
Amanda, Clara et Dany se trouvaient là eux aussi, près de Carmina, Maximus et Lucienus, fiers d’assister à la consécration de leur père. Toute âme alentour participait au sacre de son nouveau roi.
Marcus était magnifique. Il était vêtu d’une toge blanche et jaune qui descendait jusqu’aux chevilles, cintrée à la taille par une ceinture en cuir jaune et or. Posé sur ses épaules, un long manteau blanc au liseré or orné de citrons mettait en valeur son habit de cérémonie, lui donnant une certaine grandeur. Il était complété par des sandales en cuir blanches avec des pierres en forme de citrons de couleur or incrustées dessus.
Sous un tonnerre d’applaudissements, le roi s’avança vers l’assemblée et salua ses compatriotes.
— Mes chers amis ! Ce jour restera à jamais le plus important de notre existence, comme le jour où notre pire ennemi est tombé. Oui ! Aujourd’hui est un jour de paix, de sérénité. Et j’espère que les jours à venir le seront également.
À l’égal de mon père, j’essaierai de me montrer digne de cette couronne, de votre confiance. Et pour y parvenir, je vous promets ceci : faire en sorte de préserver cette paix. Coûte que coûte !
En entendant ces réconfortantes paroles, les Quercus acclamèrent leur jeune roi.
— Vive le roi Marcus ! Vive le roi Marcus !
Les remerciant de la main, il reprit :
— Comme vous le savez, il existe très peu d’êtres humains connaissant l’existence des mondes magiques. Et c’est plutôt une bonne chose pour notre sécurité à tous. Toutefois, je vous le dis haut et fort, je souhaite que la loi que mon père a établie, il y a des années de cela, interdisant aux Humains en qui nous avons une foi absolue de communiquer notre existence à leurs progénitures, soit abrogée sur le champ.
Il se tourna vers Amanda, Clara et Dany.
— Si Amanda avait pu divulguer notre secret à ses enfants, s’écria-t-il en les montrant du doigt, ils auraient interprété notre appel à l’aide plus tôt et cette guerre n’aurait pas tant durée. Une bonne partie de nos frères seraient encore en vie.
Les Quercus approuvèrent, conscients de la véracité de ses propos. Lorsque le silence retomba sur l’assemblée, Marcus poursuivit son discours.
— Amanda nous a apporté de son monde ce qui nous a permis de vaincre les Maringouins. Vous êtes déjà au courant de son implication et de l’impact favorable que son intervention a eu sur l’issue de la bataille.
Il lui fit signe d’approcher ; l’Humaine tenait entre ses mains une drôle de plante.
— Voici le végétal d’où est extrait le Produit que nous avons utilisé contre nos ennemis. Son nom est la citronnelle. Une trentaine de pieds n’attend plus qu’à être plantée. Au printemps, il nous sera possible de diviser leurs touffes et de multiplier nos plants. Notre terre est très fertile, nous en cultiverons suffisamment. Assez, pour que nous n’ayons plus jamais rien à craindre des Maringouins. Elle nous a aussi apporté la documentation nécessaire qui nous permettra de nous lancer dans la création de cette huile à base de citronnelle nous-même.
Il fit une pause, comme si ce qu’il s’apprêtait à mentionner n’était pas facile à annoncer pour lui.
— Pour ce faire, j’ai rendu une petite visite à l’ermite qui vit dans le Bois Profond pour m’enquérir de ses conseils.
Les Quercus qui, jusqu’ici, buvaient les paroles de Marcus, attentifs et conciliants, manifestèrent tout à coup leur mécontentement. Une gigantesque vague de murmures insatisfaits déferla en un instant dans toute la clairière et l’engloutit entièrement. Le roi tenta, tant bien que mal, de calmer la foule énervée.
— Je sais que vous ne le portez pas dans votre cœur, s’exclama Marcus d’une voix puissante, criant presque. Souvenez-vous, les amis, j’étais comme vous avant ! Mais c’est l’un des nôtres maintenant. Il vit dans notre monde et il a démontré à maintes reprises un fervent désir de racheter ses fautes. Cela devrait suffire à lui accorder une seconde chance. Ne pensez-vous pas ?
Une voix noyée dans la foule s’écria en réponse :
— Pourquoi mériterait-il une quelconque faveur de notre part ?
— Oui ! brailla un autre. Pourquoi-t-y qu’on lui laiss’rait une aut’e chance à c’mécréant ? On y gagne quoi nous aut’es ?
Marcus secoua la tête, légèrement navré d’entendre de tels propos.
— Je comprends votre colère, leur assura toutefois Marcus. C’est vrai ! Il y a vingt-cinq ans, sa trahison a coûté la vie à beaucoup de nos compatriotes. Ma mère serait sans doute toujours de ce monde, s’il n’était pas intervenu jadis. Mais, lui aussi, a suffisamment payé cher son intrusion dans nos affaires. C’est par culpabilité qu’il s’est retiré ensuite du monde civilisé. Loin de la guerre et de ce qui pouvait lui remémorer ses mauvais choix. Mais, avant tout, il l’a fait pour se punir et vous le savez parfaitement. Dois-je vous rafraîchir la mémoire ? Il me semble que ces crèmes et potions nous ont déjà été utiles par le passé sans qu’aucun d’entre vous n’ait rien contre à ce moment-là…
La foule acquiesça comme un seul homme à contrecœur. Et la tension qui régnait au sein de la clairière, très palpable jusqu’ici, s’évapora aussitôt.
— Comme je vous le disais, je suis allé trouver l’ermite chez lui, dans le Bois, pour lui confier les documents qui traitent de la conception du Produit. Il les a parcourus bien volontiers et avec une grande affabilité, je dois l’avouer. Et ce qui est rassurant, c’est que le procédé de création est apparemment des plus simples. D’ailleurs, il a aimablement proposé de façonner l’inestimable Produit pour nous, si nous acceptons de…
Marcus n’eut pas le temps de terminer sa phrase, interrompu soudain par un petit homme, haletant et transpirant, déboulant dans la clairière sans y être invité. Le semi homme ressemblait à s’y méprendre à un Quercus mais, de toute évidence, ce n’en était pas un.
— Un Castanea ! Un gardien du Châtaignier Sacré ! dirent Damienus et Angélus tout haut.
— Que fait-il ici ? demanda Angélus à son frère tout haut.
Ce dernier haussa les épaules d’incompréhension.
Le petit homme s’essuya le visage trempé de sueur de ses mains et se gorgea de plusieurs goulées d’air avant de s’adresser à Marcus, balbutiant :
— Êtes-vous… Cédricus Citronus, le… roi de ce… monde ?
— Je suis Marcus, l’héritier de la couronne. Cédricus était mon père. Que nous vaut l’honneur de ta visite ?
Le Castanea fut bref.
— Je suis le prince Flavian, de la famille Hortensia. En ce moment même, notre monde est assailli par d’affreuses créatures sans pitié. Nous ne savons pas d’où elles sortent, ni ce qu’elles veulent. Mais elles détruisent tout sur leur passage. Aidez-nous, s’il vous plaît ! J’ai entendu dire que vous les connaissiez bien et que vous saviez comment les combattre.
Éricus et Julius, qui avaient été mis dans la confidence au sujet du trésor perdu des Quercus, s’exclamèrent pour eux seuls :
— Les Maringouins ! Est-ce possible que l’autre partie du trésor soit…
Tous les yeux convergèrent vers Marcus. De son côté, le jeune roi semblait absorbé dans ses pensées, une étrange lueur au fond de ses yeux clairs azurés. Les dernières menaces de Shikungunya résonnaient dans sa tête, limpides comme de l’eau de roche. « Vos mondes seront à nous, un jour », avait juré le chef des Maringouins.
Vos mondes… Marcus comprit, enfin, la véritable signification de ces mots.

Dans le monde des Quercus, le jour du couronnement de Marcus. Jeudi, dans la matinée.
La paix était enfin revenue dans le monde des Quercus. Ce monde qui avait essuyé deux guerres pouvait à présent respirer et renaître.
La plupart des Maringouins, ennemis des Quercus depuis des décennies, avaient péri. Et ceux qui n’étaient pas morts au cours de la bataille s’étaient enfuis. Une nouvelle ère se profilait où les gardiens du Chêne Sacré allaient pouvoir vivre paisiblement et en harmonie dans leur monde.
Hélas, cette paix tant méritée et pour laquelle ils s’étaient si courageusement battus n’allait pas être savourée par tout le monde. Pas dans l’immédiat. Les Castaneas, habitants du Châtaignier Sacré, leurs voisins, imploraient leur aide. Un groupe de Maringouins les avait subitement attaqués en se faufilant sournoisement dans leur monde, et à l’insu de tous, pour s’emparer de la seconde moitié du trésor perdu des Quercus qu’ils pensaient en leur possession. Et les gardiens du Chêne ne pouvaient que répondre à cet appel de détresse. Il n’y avait pas de temps à perdre, il fallait vaquer aux préparatifs de départ.
Réunir les flèches empoisonnées à l’huile de citronnelle qui n’avaient pas été utilisées au cours de la précédente bataille constituait une priorité. La plus importante. Lorsque ce fut chose faite, force fut de constater qu’il en restait plus que les Quercus n’auraient osé l’espérer.
— Bien, bien, excellente nouvelle ! annonça Marcus, soulagé, à Flavian Hortensia qui lui sourit en retour. Nous pourrons nous mettre en route plus tôt que prévu. Angélus !
Marcus héla soudain son cousin qui passait par là. Ce dernier stoppa net et se planta devant lui, prêt à suivre ses directives.
— Comment puis-je t’aider, mon roi ?
— Ton frère et toi, prenez des renforts avec vous et récupérez toutes les Mangakas que nous avons en trop. Nous en aurons probablement besoin, arrivés sur les lieux. Et hâtez-vous, nous devons nous mettre en route le plus tôt possible.
— À vos ordres !
— Les Mangakas, expliqua-t-il à Flavian qui l’interrogeait du regard alors qu’Angélus tournait déjà les talons, sont des couvertures finement tressées, très aériennes, qui nous ont servies à fabriquer des sortes de “moustiquaires”, comme les nomme Amanda. Elles se sont indéniablement révélées des pièges à Maringouins très concluants. Encore une des idées de génie de notre irremplaçable amie humaine !
Justement, parlons un peu d’Amanda…
Pendant que ses petits compagnons louaient son esprit pratique et se livraient à l’inventaire de l’ensemble des armes, l’Humaine entreprenait un rapide aller-retour dans son monde. Elle s’était mise en tête d’aller chez elle, dans le Sud-Ouest de la France, s’emparer du dernier stock de flacons d’huile de citronnelle fatale à leurs ennemis, qu’elle gardait précieusement entreposé sur une étagère dans la cave de sa maison.
Lorsqu’elle revînt du monde des Humains quelques heures plus tard tout avait été orchestré au millimètre près pour le départ et ils purent se mettre en route.
Flavian Hortensia prit la tête du cortège. Il était composé des représentants de chaque armée. Pour les Citronus : Marcus, Damienus et Angélus. Pour les Orangus : Éricus. Pour les Tomatus : Julius. Et pour les armées du Nord : Jaccus Carottus, Manuelus Fraisus, Davidus Brocolius, Christophus Nectarinus et Philippus Célerius.
Amanda, qui avait insisté pour les accompagner, faisait également partie de l’expédition. Elle avait confié Clara et Dany à Carmina Citronus, née Poirius, la femme de Marcus, et nouvelle reine des Quercus, en leur faisant promettre d’attendre sagement son retour. Bien sûr, les deux enfants avaient accueilli cette nouvelle avec peu d’enthousiasme.
— Vous ne serez pas seuls : Maximus vous tiendra compagnie, argumenta-t-elle pour les convaincre.
Elle fit signe au cadet de Marcus de s’approcher. Après sa rencontre avec les deux enfants humains, Maximus, du même âge que Clara à quelques mois près, s’était très vite lié d’amitié avec eux. Tout comme Amanda avec leur père jadis.